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La sadaqa jariya : définition et exemples

Au sommaire de cet article

La sadaqa jariya est l’aumône dont le bénéfice se prolonge : celle qui continue de servir, et donc de rapporter, après le geste et même après la mort du donateur. C’est ce qui la distingue d’un don ordinaire, et c’est aussi ce qui fait qu’on la confond souvent avec tout et n’importe quoi. Cet article donne la définition exacte, les œuvres que les textes citent nommément, ce qui n’entre pas dans cette catégorie, et les règles pratiques à connaître avant de s’engager, notamment sur la zakat.

À lire avant de commencer

Cet article donne des repères religieux généraux, appuyés sur des textes et des avis de savants référencés. Pour une situation personnelle précise, en particulier une question de zakat ou de legs, l’avis d’une personne de science reste nécessaire.

Sadaqa jariya : que signifie « continue » ?

En arabe, sadaqa désigne l’aumône volontaire et jariya ce qui coule, ce qui se poursuit. L’expression vient d’un hadith que rapporte Mouslim, l’un des plus connus de la tradition sur ce sujet.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Quand le fils d’Adam meurt, ses œuvres s’arrêtent, sauf trois : une aumône continue, une science dont les gens tirent profit, ou un enfant pieux qui invoque pour lui. »

Rapporté par Mouslim (1631)

Le mot important est « s’arrêtent ». À la mort, le compte des bonnes actions se ferme, sauf pour ces trois exceptions qui continuent de produire. L’imam an-Nawawi, dans son commentaire du recueil de Mouslim, précise la nature de la première : l’aumône continue est une forme de waqf, c’est-à-dire un bien immobilisé dont on ne distribue pas le capital mais l’usage (Sharh Sahih Mouslim, 11/85).

Ce détail change tout dans la compréhension. Une sadaqa jariya n’est pas un don plus généreux qu’un autre, ni un don fait avec plus de sincérité. C’est un don dont la structure fait qu’il resservira : un puits que l’on peut réutiliser chaque jour, une salle de classe qui accueillera d’autres élèves l’année suivante, un savoir transmis que d’autres transmettront à leur tour. Le donateur, lui, n’a donné qu’une fois.

Ce qui est jariya, ce qui ne l’est pas

Les savants distinguent deux catégories : la sadaqa jariya, dont le bénéfice se prolonge, et la sadaqa munqati’a, l’aumône dont l’effet s’interrompt une fois consommée (Islamweb, fatwa 312310). Un repas offert, un colis alimentaire, une viande distribuée, une somme remise à une famille en difficulté : ces gestes sont des aumônes ponctuelles. Ils nourrissent, soulagent, et leur effet s’arrête là.

Cette distinction n’est pas un classement du meilleur au moins bien, et c’est le point que beaucoup de contenus escamotent. La même fatwa rappelle que la récompense parvient au donateur, et au défunt pour qui l’on donne, dans les deux cas. Une aumône ponctuelle faite au bon moment, à la bonne personne, peut valoir devant Allah bien plus qu’un versement à un grand projet. Nourrir quelqu’un qui a faim aujourd’hui reste l’un des actes les plus loués de la Sunna.

La différence est ailleurs : l’aumône ponctuelle vous rapporte une fois, l’aumône continue rapporte tant que l’ouvrage sert. Les deux sont recommandées, elles ne se remplacent pas. C’est aussi pour cette raison qu’il ne faut pas confondre ces deux formes avec la zakat ni avec le sacrifice, qui obéissent à des règles différentes : nous les avons comparés en détail dans notre article sur la différence entre zakat, sadaqa et sacrifice.

Les sept œuvres que citent les textes

Un second hadith, plus détaillé, énumère les œuvres dont la récompense rejoint le croyant après sa mort.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Parmi les œuvres et les bonnes actions qui suivent le croyant après sa mort : une science qu’il a enseignée et diffusée, un enfant pieux qu’il laisse, un exemplaire du Coran qu’il lègue, une mosquée qu’il a bâtie, une maison qu’il a construite pour le voyageur, un canal qu’il a creusé, et une aumône prélevée sur ses biens de son vivant, alors qu’il était en bonne santé. »

Rapporté par Ibn Mâja (242), jugé bon (hassan) par al-Albani

Ces sept exemples ne forment pas une liste fermée. Ils décrivent un principe : tout ce qui laisse derrière soi un usage qui se répète. Voici comment ils se traduisent aujourd’hui.

L’accès à l’eau

C’est l’exemple que le Prophète lui-même a désigné comme le meilleur, dans une situation très concrète. Sa’d ibn ‘Oubada, compagnon dont la mère venait de mourir, demanda quelle aumône serait la plus profitable pour elle. La réponse fut : l’eau. Il fit creuser un puits et dit : « Ceci est pour Oumm Sa’d » (rapporté par Abou Dawoud, 1681, hadith jugé bon en raison de ses appuis externes).

Un puits, une pompe, un réseau qui dessert un village : chaque usage compte, et l’ouvrage sert des années. C’est le modèle le plus pur de sadaqa jariya, et c’est pour cela qu’il domine les campagnes de dons.

Le savoir enseigné

C’est l’œuvre la plus accessible, et la plus négligée. Elle ne demande pas d’argent : apprendre une sourate à un enfant, financer l’instruction de quelqu’un, transmettre un savoir utile qui sera transmis à son tour. Tant que ce savoir circule, la chaîne continue. Léguer ou offrir un exemplaire du Coran relève de la même logique : le texte reste, la lecture se répète.

L’enfant pieux

Le hadith de Mouslim la cite comme une œuvre distincte de l’aumône, et c’est important : un enfant n’est pas un don, c’est un dépôt. Ce qui produit la récompense n’est pas sa naissance, c’est son éducation. Les parents qui investissent dans la pratique et le caractère de leurs enfants constituent, sans y penser, la sadaqa jariya la plus durable qui soit. Le sujet du don fait au nom d’un enfant, qui est une autre question, est traité dans notre article sur la sadaqa au nom d’un enfant.

Bâtir

La mosquée occupe une place particulière dans les textes.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Celui qui construit une mosquée pour Allah, Allah lui construit une demeure semblable au Paradis. »

Rapporté par Al-Boukhari (450) et Mouslim (533)

Le hadith d’Ibn Mâja y ajoute la maison bâtie pour le voyageur, ce que nous appellerions aujourd’hui un hébergement d’urgence ou un accueil pour ceux qui sont sur la route. Participer à une construction, même pour une petite part, entre dans cette catégorie : la contribution n’a pas besoin d’être entière pour être continue.

Planter

Une œuvre à la portée de presque tout le monde, et que les textes valorisent sans réserve.

Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Aucun musulman ne plante un arbre ou ne sème une culture dont mangent ensuite un oiseau, un homme ou une bête, sans que cela ne lui soit compté comme une aumône. »

Rapporté par Al-Boukhari (2320) et Mouslim (1553)

Un arbre fruitier planté dans un jardin partagé, un verger financé pour une famille rurale : la production se renouvelle chaque saison, et la récompense avec elle.

Peut-on faire une sadaqa jariya au nom d’un défunt ?

Oui, et la Sunna en donne l’exemple direct. Un homme vint dire au Prophète (paix et salut sur lui) que sa mère était morte subitement, qu’elle aurait sans doute fait l’aumône si elle avait pu parler, et demanda si elle serait récompensée s’il donnait à sa place. La réponse fut : « Oui » (rapporté par Al-Boukhari, 1388). Le puits creusé par Sa’d ibn ‘Oubada pour sa mère va dans le même sens.

Deux précisions utiles. D’abord, cela vaut pour les deux formes d’aumône : le don ponctuel fait au nom d’un défunt lui profite aussi, il n’est simplement pas « continu » au sens technique. Ensuite, aucune formule particulière n’est exigée : l’intention d’attribuer la récompense au défunt suffit. Nous avons développé ce point, y compris les positions des écoles juridiques, dans notre article sur la sadaqa pour un défunt.

Peut-on financer un puits ou une mosquée avec sa zakat ?

C’est la question la plus mal traitée sur ce sujet, et la réponse de la majorité des savants est non. La zakat n’est pas une aumône libre : le Coran en fixe les bénéficiaires.

« Les aumônes ne sont destinées qu’aux pauvres, aux nécessiteux, à ceux qui sont chargés de les recueillir, à ceux dont les cœurs sont à gagner, à l’affranchissement des captifs, aux endettés, à la cause d’Allah et au voyageur en détresse. »

Coran, sourate At-Tawba, 9:60

Les juristes relèvent que la formulation implique un transfert de propriété à des personnes, ce que l’on appelle le tamlik. La zakat doit rendre quelqu’un propriétaire de ce qui lui est remis. Un puits, une mosquée, une école ou une route ne sont la propriété de personne en particulier, ce qui les place hors des huit catégories. Islamweb l’énonce sans détour dans sa fatwa 81303 : les mosquées et les écoles se construisent avec d’autres ressources que la zakat, une exception étant envisagée en cas de nécessité réelle, par exemple lorsqu’une communauté n’a aucun lieu pour prier.

La conséquence pratique est simple. Votre zakat annuelle ne finance pas votre sadaqa jariya : ce sont deux enveloppes distinctes, l’une obligatoire et fléchée, l’autre volontaire et libre. Si vous n’avez pas encore fait le calcul de la première, notre guide explique comment calculer la zakat al-maal. Et lorsqu’un organisme propose de « transformer votre zakat en puits », la question à poser est celle de l’affectation exacte des fonds.

Mettre en place sa sadaqa jariya : cinq repères

1. Vérifiez que l’usage dure, pas seulement le projet. Un forage sans budget d’entretien s’arrête au premier joint cassé. Demandez qui assure la maintenance et sur quelle durée. C’est la question qui sépare une aumône réellement continue d’un investissement à effet unique.

2. Demandez l’affectation. Un organisme sérieux sait dire quelle part de votre don va au projet, quelle part aux frais de fonctionnement, et si votre versement est mutualisé avec d’autres. Rien de tout cela n’invalide le don, mais vous devez le savoir avant.

3. Commencez petit et régulier. Rien n’exige de financer un ouvrage entier. Une participation modeste à un projet collectif vous donne une part dans tout ce qu’il produira. Le hadith d’Ibn Mâja précise d’ailleurs « de son vivant, alors qu’il était en bonne santé » : donner quand on est en pleine possession de ses moyens et de ses biens a plus de valeur que le legs de dernière minute.

4. Soignez l’intention. L’œuvre n’a de valeur que pour Allah. Une plaque à son nom sur un bâtiment n’annule pas la récompense, mais la recherche de l’image en revanche la met en danger. C’est le seul paramètre qui ne dépend d’aucun organisme.

5. N’oubliez pas les œuvres gratuites. Enseigner, corriger une lecture du Coran, planter, orienter quelqu’un vers un savoir utile : trois des sept œuvres citées ne coûtent rien. Elles sont accessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de donner de l’argent.

Trois pièges à éviter

Les récompenses chiffrées. Les promesses du type « multipliez vos récompenses par 70 » relèvent de l’argument de collecte, pas des textes. La multiplication des bonnes actions est mentionnée dans le Coran (2:261) sous forme d’image, et ses modalités appartiennent à Allah. Aucun organisme ne peut vous garantir un barème.

L’étiquette apposée à tout. Un colis alimentaire, un repas, une viande distribuée sont des aumônes ponctuelles. Les présenter comme des sadaqa jariya est inexact, même si le geste reste excellent. Cette confusion se retrouve dans beaucoup de campagnes, y compris sur des dons alimentaires : nous préférons le dire clairement, y compris pour nos propres dons de viande, dont le mérite est réel mais qui ne sont pas des aumônes continues.

La délégation sans vérification. Donner via une structure sérieuse est recommandé, à condition de savoir où va l’argent. Un projet qui n’existe que sur une page de collecte, sans compte rendu ni photos ni bilan, ne devrait pas recevoir votre engagement le plus durable.

L’essentiel

Une aumône est continue quand ce qu’elle finance continue de servir. L’eau, le savoir, la construction, la plantation et l’éducation d’un enfant pieux en sont les formes que les textes citent. Le don ponctuel garde toute sa valeur et sa récompense, il ne s’inscrit simplement pas dans la durée. Et la zakat, elle, obéit à ses propres règles : elle ne finance pas ces ouvrages.

Chez Allo Mouton, nos offres de sadaqa relèvent de l’aumône ponctuelle : un animal sacrifié et distribué, une viande qui nourrit des familles qui en manquent. Nous ne les présentons pas comme des aumônes continues, parce qu’elles ne le sont pas. Les deux démarches se complètent : nourrir aujourd’hui, et bâtir pour demain.

Qu’est-ce qu’une sadaqa jariya exactement ?

C’est une aumône dont le bénéfice se prolonge dans le temps, y compris après la mort du donateur. Le hadith rapporté par Mouslim (1631) la cite parmi les trois œuvres qui ne s’arrêtent pas à la mort, avec la science utile et l’enfant pieux. L’imam an-Nawawi précise qu’il s’agit d’une forme de waqf : un bien immobilisé dont on distribue l’usage et non le capital.

Quels sont les exemples de sadaqa jariya cités par les textes ?

Le hadith d’Ibn Mâja (242), jugé bon par al-Albani, en cite sept : une science enseignée, un enfant pieux, un exemplaire du Coran légué, une mosquée bâtie, une maison construite pour le voyageur, un canal creusé, et une aumône prélevée de son vivant en bonne santé. L’accès à l’eau est désigné comme la meilleure aumône dans le hadith de Sa’d ibn ‘Oubada (Abou Dawoud, 1681), et planter un arbre est compté comme une aumône (Al-Boukhari 2320, Mouslim 1553).

Un don de nourriture ou de viande est-il une sadaqa jariya ?

Non, c’est une aumône ponctuelle, que les savants appellent sadaqa munqati’a : son effet s’arrête une fois le bien consommé. Cela n’enlève rien à sa valeur. La fatwa Islamweb 312310 rappelle que la récompense parvient au donateur, et au défunt pour qui l’on donne, dans les deux cas. Les deux formes sont recommandées et ne se remplacent pas.

Peut-on payer un puits ou une mosquée avec sa zakat ?

La majorité des savants répond non. Le Coran (9:60) réserve la zakat à huit catégories de personnes, et les juristes en déduisent une exigence de transfert de propriété (tamlik) à des individus. Un puits ou une mosquée n’appartiennent à personne en particulier. Islamweb (fatwa 81303) l’énonce ainsi, en envisageant une exception en cas de nécessité, par exemple si une communauté n’a aucun lieu pour prier. Zakat et sadaqa jariya sont donc deux enveloppes distinctes.

Peut-on faire une sadaqa jariya pour un parent décédé ?

Oui. Un homme demanda au Prophète si sa mère, morte subitement, serait récompensée s’il donnait en son nom, et il répondit « Oui » (Al-Boukhari, 1388). Sa’d ibn ‘Oubada a fait creuser un puits pour sa mère sur ce même principe. Aucune formule n’est exigée : l’intention d’attribuer la récompense au défunt suffit, et cela vaut aussi bien pour un don ponctuel que pour une œuvre durable.

Faut-il être riche pour faire une sadaqa jariya ?

Non. Une participation partielle à un projet collectif ouvre droit à une part de ce qu’il produira, sans qu’il soit nécessaire de le financer entièrement. Trois des sept œuvres citées par les textes ne coûtent d’ailleurs rien : enseigner un savoir utile, transmettre une lecture du Coran, planter. Le hadith précise en revanche « de son vivant, alors qu’il était en bonne santé », ce qui valorise le don fait quand on dispose encore pleinement de ses biens.

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