La question revient souvent, parfois avec une pointe de culpabilité : “Mes parents ne l’ont pas faite… dois-je la faire moi-même aujourd’hui ?”
La réponse, en droit musulman, est nuancée. Oui, certains savants permettent à un adulte de faire son aqiqa pour lui-même. Mais non, ce n’est ni une obligation ni une dette religieuse à rattraper.
L’aqiqa, à l’origine, est une sunna liée à la naissance. Elle incombe au père, s’il en a les moyens, au septième jour après la venue au monde de l’enfant.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Chaque enfant est lié à son aqiqa. On sacrifie pour lui le septième jour, on lui rase la tête et on lui donne un nom. »
Rapporté par Abû Dâwûd (2838), At-Tirmidhî (1522), authentifié par Al-Albânî.
Rien, dans ce hadith, n’évoque explicitement le cas d’un adulte. C’est là que commence la divergence.
L’aqiqa est-elle toujours valable après l’enfance ?
Les écoles juridiques n’ont pas toutes la même lecture.
Dans l’école malikite, l’aqiqa est fortement liée au temps. Si elle n’est pas faite dans la période prescrite, elle n’est plus demandée par la suite. L’imam Mâlik رحمه الله considérait qu’elle ne se rattrape pas indéfiniment. On retrouve cette orientation dans Al-Mudawwana al-Kubrâ.
Chez les shaféites, l’approche est différente. L’imam An-Nawawî رحمه الله mentionne dans Al-Majmû‘ que si le père ne l’a pas accomplie, la personne peut la faire pour elle-même une fois adulte.
Certains hanbalites rapportent également cette permission, comme l’indique Ibn Qudâma رحمه الله dans Al-Mughnî.
On voit donc qu’il ne s’agit pas d’une pratique inventée récemment, mais d’un avis déjà présent dans le fiqh classique.
Le Prophète ﷺ a-t-il fait son aqiqa après sa prophétie ?
Un récit rapporte que le Prophète ﷺ aurait accompli son aqiqa pour lui-même après avoir reçu la révélation. Ce hadith est rapporté par Al-Bayhaqî dans As-Sunan al-Kubrâ.
Cependant, les spécialistes du hadith, notamment Ibn Hajar et Al-Albânî, l’ont jugé faible. Cela signifie qu’on ne peut pas s’appuyer dessus pour établir une recommandation ferme.
Autrement dit, il n’existe pas de preuve authentique montrant clairement que le Prophète ﷺ ait institué l’aqiqa pour un adulte.
L’aqiqa pour un adulte est-elle une obligation ?
La réponse est catégorique : non.
Même à la naissance, l’aqiqa n’est pas obligatoire selon la majorité des savants. Elle est une sunna mu’akkada, une pratique fortement recommandée.
Elle repose sur la capacité financière du père, comme le rappelle le principe coranique :
« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. »
Sourate Al-Baqara, 2:286.
Si le père n’avait pas les moyens, il n’a commis aucun péché. Et l’enfant devenu adulte n’hérite d’aucune dette religieuse.
Parler de “rattrapage obligatoire” est donc juridiquement inexact.
Alors pourquoi certains adultes choisissent-ils de la faire ?
Souvent, il ne s’agit pas de contrainte, mais de désir. Le désir de compléter une sunna, de poser un acte symbolique, de se rapprocher d’Allah.
Les savants qui autorisent l’aqiqa pour un adulte considèrent qu’elle peut entrer dans le cadre des œuvres surérogatoires. Cheikh Ferkous حفظه الله, dans sa fatwa n°584, rappelle que l’aqiqa est initialement liée à l’enfance, mais que l’acte reste un sacrifice licite dont l’intention peut être récompensée.
Dans cette optique, l’adulte ne “rattrape” pas une obligation. Il accomplit un acte volontaire.
Comment faire une aqiqa lorsqu’on est adulte ?
Celui qui choisit de la faire peut suivre les règles générales de l’aqiqa :
Deux moutons pour un homme, un pour une femme.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Pour le garçon, deux bêtes semblables ; pour la fille, une seule. »
Rapporté par Abû Dâwûd (2834), authentifié par Al-Albânî.
Il n’est pas nécessaire de se raser la tête à l’âge adulte. La viande peut être consommée, offerte aux proches et distribuée aux nécessiteux. L’essentiel réside dans l’intention.
Cas fréquent : converti ou découverte tardive de la pratique
Beaucoup de recherches autour de “aqiqa adulte” concernent des convertis ou des personnes qui ont appris tardivement certaines règles religieuses.
Il est important de rappeler un principe fondamental :
« L’Islam efface ce qui le précède. »
Rapporté par Muslim (121).
Le converti n’a aucune obligation de faire une aqiqa pour lui-même. Il n’y a ni manque, ni faute, ni retard à combler.
S’il choisit de le faire, cela relève d’un choix personnel et spirituel.
Faut-il faire son aqiqa à l’âge adulte ?
En réalité, la question n’est pas seulement juridique, elle est aussi spirituelle.
Si tu cherches une règle stricte : tu n’es pas obligé.
Si tu cherches une permission : elle existe chez des savants reconnus.
Si tu cherches à te rassurer : tu n’es en faute dans aucun cas.
L’aqiqa pour un adulte est donc permise selon certains avis, absente d’obligation, et laissée à l’appréciation personnelle.









