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L’histoire de Hajar, mère d’Ismaël : Safa, Marwa et la source de Zamzam

Au sommaire de cet article

Une vallée de pierres, sans un arbre fruitier, sans un puits, sans une voix. Une femme y reste seule avec son bébé, qu’elle allaite encore. Elle a pour tout bagage un sac de dattes et une outre d’eau. Et quand l’outre est vide, elle voit son enfant souffrir de la soif.

Cette femme, c’est Hajar, la mère du prophète Ismaël (que la paix soit sur lui). Chaque année, des millions de pèlerins refont ses pas entre Safa et Marwa et boivent l’eau de la source qui a jailli pour elle. Pour un parent d’aujourd’hui, c’est surtout le récit d’une confiance qui ne reste pas les bras croisés.

À retenir

Sur l’ordre d’Allah, Ibrâhîm laisse Hajar et leur nourrisson Ismaël dans la vallée déserte de La Mecque. L’eau épuisée, Hajar court sept fois entre Safa et Marwa, puis un ange fait jaillir la source de Zamzam. Le récit est rapporté par Ibn ‘Abbâs (Bukhârî, 3364 et 3365) ; le Coran en garde la trace en 14:37 et 2:158.

Une vallée déserte entourée de montagnes rocheuses, un arbre solitaire avec à son pied un sac et une outre en cuir

Qui était Hajar dans l’islam ?

Hajar est une femme d’Égypte. Selon un hadith d’Abû Hurayra, elle fut donnée comme servante à Sâra, l’épouse d’Ibrâhîm (Bukhârî, 3358), puis devint la mère d’Ismaël, son premier fils. Par Ismaël, c’est de Hajar que descend le Prophète Muhammad ﷺ.

Le Coran ne la nomme pas, mais garde deux traces de son histoire : la prière d’Ibrâhîm en la quittant, et les deux collines qu’elle a parcourues. Le détail du récit vient d’un long hadith d’Ibn ‘Abbâs.

Seule dans une vallée sans eau avec son nourrisson

Ibrâhîm conduit Hajar et Ismaël jusqu’à l’emplacement de la future Maison sacrée. Personne ne vivait alors à La Mecque, raconte Ibn ‘Abbâs, et il n’y avait pas d’eau. Il les installe sous un grand arbre avec un sac de dattes et une outre, puis s’en retourne.

Hajar le suit et l’interroge : « Ô Ibrâhîm, où t’en vas-tu en nous laissant dans cette vallée où il n’y a personne, ni rien ? » Elle répète la question plusieurs fois. Il ne se retourne pas. Alors elle pose la seule question qui compte :

آللَّهُ الَّذِي أَمَرَكَ بِهَذَا؟ قَالَ: نَعَمْ. قَالَتْ: إِذَنْ لاَ يُضَيِّعُنَا

« Est-ce Allah qui t’a ordonné cela ? » Il répondit : « Oui. » Elle dit : « Alors Il ne nous abandonnera pas. »

Hadith d’Ibn ‘Abbâs, rapporté par Bukhârî (3364).

Dans une autre version du même récit, rapportée juste après par Bukhârî (3365), Hajar lui demande : « À qui nous laisses-tu ? » Il répond : « À Allah. » Et elle dit : « Je suis satisfaite d’Allah. » Puis elle retourne auprès de son enfant.

Ni naïveté ni résignation : Hajar sait exactement ce qu’est cette vallée, et elle choisit de faire confiance.

La prière d’Ibrâhîm pour sa femme et son fils

Ibrâhîm marche jusqu’à un col d’où ils ne peuvent plus le voir. Là, il se tourne vers l’emplacement de la Maison, lève les mains et invoque Allah avec les mots que le Coran a gardés :

رَّبَّنَا إِنِّي أَسْكَنتُ مِن ذُرِّيَّتِي بِوَادٍ غَيْرِ ذِي زَرْعٍ عِندَ بَيْتِكَ الْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا الصَّلَاةَ فَاجْعَلْ أَفْئِدَةً مِّنَ النَّاسِ تَهْوِي إِلَيْهِمْ وَارْزُقْهُم مِّنَ الثَّمَرَاتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ

« Notre Seigneur ! J’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison Sacrée, ô notre Seigneur, afin qu’ils accomplissent la prière. Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants ? »

Coran, sourate Ibrâhîm (14), verset 37.

Un père qui part confie ce qu’il a de plus cher à Celui qui peut le protéger mieux que lui. Il les laisse là pour la prière, et demande pour eux deux choses : des cœurs qui viennent vers eux, et de quoi vivre. Les deux seront exaucées.

Safa et Marwa : sept allers-retours pour son enfant

Hajar allaite Ismaël et boit l’eau de l’outre, jusqu’à ce qu’elle soit vide. Elle a soif, son fils aussi. Elle le voit se tordre et s’éloigne, incapable de le regarder souffrir.

La colline la plus proche est Safa. Elle y monte et scrute la vallée : personne. Elle redescend et, au creux de la vallée, relève le bas de sa robe et court comme quelqu’un à bout de forces jusqu’à Marwa. Elle y monte, regarde : personne. Elle recommence. Sept fois.

Le Prophète ﷺ dit à ce propos : « C’est de là que vient le parcours des gens entre les deux collines » (Bukhârî, 3364). La course d’une mère inquiète est devenue un rite pour tous les pèlerins :

Des traces de pas dans le sable entre deux collines rocheuses, sous la chaleur du désert

إِنَّ الصَّفَا وَالْمَرْوَةَ مِن شَعَائِرِ اللَّهِ ۖ فَمَنْ حَجَّ الْبَيْتَ أَوِ اعْتَمَرَ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِ أَن يَطَّوَّفَ بِهِمَا

« As-Safâ et Al Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allah. Donc, quiconque fait pèlerinage à la Maison ou fait l’Umra ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre ces deux monts. »

Coran, sourate Al-Baqara (2), verset 158.

Hajar avait dit « Il ne nous abandonnera pas ». Elle ne s’est pas assise pour autant : elle a cherché, couru, recommencé. Sa confiance ne l’a pas empêchée d’agir ; elle lui en a donné la force.

Zamzam : la source qui a jailli pour Hajar et Ismaël

Au septième passage, sur Marwa, Hajar entend une voix. Elle se dit à elle-même : « Silence ! », tend l’oreille, et répond : « Tu t’es fait entendre ; si tu as de quoi secourir, alors secours. » C’est un ange, à l’endroit de Zamzam. Il creuse la terre du talon, ou de l’aile, dit le rapporteur, jusqu’à ce que l’eau apparaisse.

Hajar entoure aussitôt l’eau de ses mains pour en faire un bassin et remplit son outre. Le Prophète ﷺ a commenté ce geste avec tendresse :

يَرْحَمُ اللَّهُ أُمَّ إِسْمَاعِيلَ، لَوْ تَرَكَتْ زَمْزَمَ لَكَانَتْ زَمْزَمُ عَيْنًا مَعِينًا

« Qu’Allah fasse miséricorde à la mère d’Ismaël ! Si elle avait laissé Zamzam, Zamzam aurait été une source qui coule à la surface. »

Hadith d’Ibn ‘Abbâs, rapporté par Bukhârî (3364).

Elle boit, puis allaite son enfant. Et l’ange lui dit : « Ne craignez pas d’être abandonnés. Ici se trouve la Maison d’Allah, que bâtiront ce garçon et son père, et Allah n’abandonne pas les siens. » C’est presque mot pour mot ce que Hajar avait répondu à Ibrâhîm le jour de son départ.

Une source d'eau claire jaillit entre des pierres dans le désert, des oiseaux tournent dans le ciel

Plus tard, des gens de la tribu de Jurhum voient un oiseau tourner au-dessus de la vallée et comprennent qu’il y a de l’eau. Ils demandent à Hajar la permission de s’installer ; elle accepte, en gardant ses droits sur l’eau, heureuse, dit le Prophète ﷺ, d’avoir de la compagnie. Les cœurs se sont penchés vers eux, comme l’avait demandé Ibrâhîm.

Ce que l’histoire de Hajar dit aux parents d’aujourd’hui

Ce récit n’est pas un manuel d’éducation, mais il dit plusieurs choses qu’un parent a besoin d’entendre :

  • Faire confiance à Allah n’empêche pas de se démener. Hajar a dit « Il ne nous abandonnera pas », puis elle a couru sept fois. Les deux vont ensemble, comme Maryam devait secouer le palmier pour en faire tomber les dattes.
  • Il arrive qu’une mère porte tout, seule. Hajar a affronté la soif, la peur et la solitude avec un bébé dans les bras. Se sentir à bout n’est pas une faute : voir notre article sur le burn-out maternel en islam.
  • Le premier soin, c’est de nourrir. Dès qu’elle a de l’eau, Hajar boit puis allaite son fils : voir les bienfaits et récompenses de l’allaitement.
  • Un parent qui ne peut pas tout faire peut toujours invoquer. Ibrâhîm ne pouvait pas rester ; il a prié pour les siens. D’autres de ses prières sont dans nos invocations pour ses enfants.

De la vallée de Hajar à l’Aïd et à la aqiqa

L’enfant qui avait soif dans la vallée a grandi parmi les gens de Jurhum. C’est lui qu’Allah annonce à Ibrâhîm comme « un garçon longanime » (sourate As-Sâffât, verset 101), et c’est lui, selon l’avis majoritaire des savants, qui fut appelé au sacrifice avant d’être racheté : c’est l’origine de l’Aïd, racontée dans pourquoi on fête l’Aïd el-Adha. Puis le père et le fils élèveront ensemble la Maison près de laquelle Hajar avait été laissée.

Pour la naissance d’un enfant, la Sunnah a prévu un autre sacrifice, en signe de reconnaissance : la aqiqa, le septième jour. Allo Mouton l’accomplit en votre nom, avec la vidéo du sacrifice et la distribution de la viande à des familles dans le besoin. Voir les offres aqiqa.

Lire aussi : l’accouchement de Maryam, le palmier, les dattes et la source, l’autre mère du Coran seule face à l’épreuve.

Questions fréquentes sur l’histoire de Hajar

Hajar est-elle citée dans le Coran ?

Pas par son nom. Le Coran évoque son histoire dans la prière d’Ibrâhîm pour sa descendance laissée « dans une vallée sans agriculture » (sourate Ibrâhîm, verset 37) et à travers Safa et Marwa (sourate Al-Baqara, verset 158). Le récit détaillé vient du hadith d’Ibn ‘Abbâs rapporté par Bukhârî.

Pourquoi les pèlerins font-ils sept allers-retours entre Safa et Marwa ?

Parce que Hajar a fait sept fois le trajet entre les deux collines en cherchant du secours pour son fils, et le Prophète ﷺ a dit que le parcours des pèlerins vient de là (Bukhârî, 3364). Ce rite s’appelle le sa’y, au hajj comme à la ‘umra.

Qui a fait jaillir l’eau de Zamzam ?

Dans le hadith d’Ibn ‘Abbâs, c’est un ange qui creuse la terre du talon ou de l’aile ; une autre version le nomme : Jibrîl. Le Prophète ﷺ a dit de cette eau qu’elle est bénie et qu’elle est « une nourriture qui rassasie » (Muslim, 2473).

Quel âge avait Ismaël quand Hajar fut laissée dans la vallée ?

Le hadith ne donne pas d’âge précis, mais il dit que Hajar l’allaitait encore : Ismaël était donc un nourrisson. Il grandit ensuite dans la vallée, auprès de la tribu de Jurhum, dont il apprit la langue arabe.

Vous connaissez une mère qui se sent seule face à tout ? Envoyez-lui cette histoire : celle d’une femme qui a dit « Il ne nous abandonnera pas », puis qui a couru, et à qui une source a répondu.

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