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Roqya pour un enfant ou un bébé : ce qu’elle est, ce qu’elle n’est pas

Au sommaire de cet article

Un bébé qui pleure tous les soirs, un enfant qui dort mal depuis une visite de famille, un compliment appuyé qui laisse un malaise : beaucoup de parents musulmans pensent alors à la roqya. C’est une pratique de la Sunna, simple, que les parents peuvent faire eux-mêmes sur leur enfant, sans intermédiaire et sans rien payer. C’est aussi un terrain où circulent des gestes sans fondement, et parfois des dérives. Voici ce que la roqya est réellement, les invocations à réciter, les conditions qui la rendent licite, et ce qu’elle ne remplace jamais.

Avis médical important

La roqya est une invocation, pas un soin médical. Pleurs, troubles du sommeil, refus de manger ou fièvre ont presque toujours une cause médicale courante chez l’enfant. Un nourrisson de moins de 3 mois qui a 38 °C ou plus doit être vu sans attendre ; en cas de difficulté à respirer, de somnolence inhabituelle ou de refus de boire, appelez le 15. Réciter sur son enfant et le faire soigner vont ensemble.

Un père assis au bord du lit de son enfant endormi, un livre fermé à la main, pose doucement la main sur son épaule à la lueur d'une lampe

Ce qu’est la roqya

La roqya (ruqya) consiste à réciter des versets du Coran et des invocations transmises par le Prophète (ﷺ) sur une personne, pour demander à Allah sa protection ou sa guérison. On la pratique pour soi, pour un malade, et pour ses enfants. Le Prophète (ﷺ) en a fixé la limite en une phrase.

اعْرِضُوا عَلَيَّ رُقَاكُمْ، لَا بَأْسَ بِالرُّقَى مَا لَمْ يَكُنْ فِيهِ شِرْكٌ

« Présentez-moi vos roqyas. Il n’y a pas de mal dans la roqya tant qu’elle ne contient pas d’association. »

Rapporté par ‘Awf ibn Malik, Muslim (2200).

Tout est dans cette réserve. Une roqya faite de Coran et d’invocations authentiques est recommandée ; une formule incompréhensible, un rituel ou un objet auquel on prête un pouvoir sortent du cadre, quelle que soit la personne qui les propose.

Les trois conditions d’une roqya licite

Ibn Hajar rapporte, dans Fath al-Bari, l’accord des savants sur trois conditions. Elles permettent à n’importe quel parent de juger une pratique qu’on lui propose.

Condition Ce qu’elle veut dire Ce qu’elle exclut
Les paroles d’Allah Des versets du Coran, les noms et attributs d’Allah, les invocations authentiques Les formules inventées, les noms de djinns, les incantations
Un sens compréhensible En arabe, ou dans une langue dont on comprend le sens Les mots inconnus, les lettres et chiffres en grille, les « codes »
Allah seul guérit La roqya n’agit pas par elle-même, ni par la personne qui la récite Croire au pouvoir d’un raqi, d’une eau, d’un objet ou d’un rituel

Ce que réciter sur son enfant

Il n’existe pas de « roqya spéciale enfant » à acheter ou à recevoir d’un tiers : les textes sont les mêmes que pour un adulte, et le Prophète (ﷺ) en a récité certains sur ses propres petits-fils. Voici ceux que les savants citent en premier.

L’invocation pour Al-Hassan et Al-Hussein

أُعِيذُكُمَا بِكَلِمَاتِ اللَّهِ التَّامَّةِ، مِنْ كُلِّ شَيْطَانٍ وَهَامَّةٍ، وَمِنْ كُلِّ عَيْنٍ لَامَّةٍ

« Je vous place tous deux sous la protection des paroles parfaites d’Allah, contre tout démon, toute bête nuisible et tout œil malveillant. »

Rapporté par Ibn ‘Abbas, Al-Bukhari (3371). Le Prophète (ﷺ) précisa qu’Ibrahim la récitait sur Ismaël et Isaac.

Pour un seul enfant, on dit u’îdhuka pour un garçon et u’îdhuki pour une fille : « U’îdhuka bi-kalimâti-llâhi-t-tâmmah, min kulli shaytânin wa hâmmah, wa min kulli ‘aynin lâmmah ».

Les sourates de protection

  • Al-Fâtiha (sourate 1), qu’un compagnon récita comme roqya sur un homme piqué par un scorpion, avec l’approbation du Prophète (ﷺ) (Al-Bukhari 5736).
  • Le verset du Trône, Âyat al-Kursî (sourate 2, verset 255).
  • Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs (sourates 112, 113 et 114). Chaque soir, le Prophète (ﷺ) les récitait dans ses paumes jointes, soufflait dedans, puis les passait sur son corps, trois fois (Al-Bukhari 5017).

L’invocation de Jibril

بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ، مِنْ كُلِّ شَيْءٍ يُؤْذِيكَ، مِنْ شَرِّ كُلِّ نَفْسٍ أَوْ عَيْنِ حَاسِدٍ، اللَّهُ يَشْفِيكَ، بِاسْمِ اللَّهِ أَرْقِيكَ

« Au nom d’Allah, je te fais la roqya, contre tout ce qui te nuit, contre le mal de toute âme et de tout œil envieux. Qu’Allah te guérisse. Au nom d’Allah, je te fais la roqya. »

Récitée par Jibril sur le Prophète (ﷺ), rapporté par Abou Sa’id, Muslim (2186).

Pour un enfant malade

أَذْهِبِ الْبَاسَ رَبَّ النَّاسِ، اشْفِ أَنْتَ الشَّافِي، لَا شِفَاءَ إِلَّا شِفَاؤُكَ، شِفَاءً لَا يُغَادِرُ سَقَمًا

« Fais disparaître le mal, Seigneur des hommes. Guéris, c’est Toi qui guéris. Il n’y a de guérison que la Tienne, une guérison qui ne laisse aucune maladie. »

Rapporté par ‘Aïcha, Al-Bukhari (5743) et Muslim (2191). Le Prophète (ﷺ) passait sa main droite sur le malade en la disant.

La faire soi-même, en pratique

Un parent n’a besoin ni d’un cheikh, ni d’une autorisation, ni d’un moment particulier. La roqya d’un père ou d’une mère sur son enfant est même la plus proche de la Sunna.

  1. Se mettre en état de calme, avec l’intention de demander la protection d’Allah. Les ablutions sont préférables, pas obligatoires.
  2. Réciter à voix douce, près de l’enfant, les sourates et invocations ci-dessus. Un enfant qui dort peut rester endormi.
  3. Souffler légèrement dans ses mains puis les passer sur l’enfant, ou poser la main sur sa tête. Sur un nourrisson, un souffle à peine perceptible suffit, loin du visage.
  4. Répéter le soir, au coucher, comme une habitude plutôt qu’en réaction à une inquiétude. C’est la routine que décrit le hadith des trois sourates.

Ce qui compte n’est pas la durée ni l’intensité, mais la régularité et la confiance en Allah. Une roqya courte, dite chaque soir, vaut mieux qu’une séance longue faite dans l’angoisse. Notre article sur les invocations pour ses enfants complète ces textes pour les autres moments de la journée.

Faire la roqya n’est pas la demander

Le Prophète (ﷺ) cite, parmi les soixante-dix mille qui entreront au Paradis sans jugement, ceux « qui ne demandent pas de roqya » (Al-Bukhari 5705, Muslim 220). Les savants en tirent une préférence : réciter soi-même plutôt que de solliciter un tiers. Un parent qui récite sur son enfant est dans ce cas ; il ne demande rien à personne.

Ce que la roqya n’est pas

Un diagnostic

Aucun signe ne permet de dire qu’un enfant est atteint par le mauvais œil. Les manifestations qu’on lui attribue, pleurs, sommeil agité, perte d’appétit, fièvre, sont aussi celles des coliques, des poussées dentaires, des infections et des étapes normales du développement. Le Prophète (ﷺ) a ordonné de faire la roqya contre l’œil (Muslim 2198), il n’a jamais demandé de le détecter. Un raqi qui « voit » un djinn ou un œil sur un bébé affirme ce qu’aucun texte ne lui permet d’affirmer.

Un soin qui dispense du médecin

« Allah n’a fait descendre aucune maladie sans faire descendre son remède. »

Rapporté par Abou Hourayra, Al-Bukhari (5678).

Se soigner fait partie de la Sunna. La roqya s’ajoute au traitement, elle ne le retarde pas. Pour un nourrisson, certains signes imposent de consulter rapidement :

  • une fièvre à 38 °C ou plus avant l’âge de 3 mois ;
  • un refus de boire, ou des couches beaucoup moins mouillées ;
  • une somnolence inhabituelle, un enfant difficile à réveiller ou qui ne réagit pas ;
  • une respiration rapide ou difficile, un teint gris, marbré ou bleuté ;
  • des pleurs inconsolables qui ne ressemblent pas à ceux d’habitude.

Dans ces situations, on appelle le médecin ou le 15 d’abord, et l’on récite ensuite, ou pendant le trajet.

Un objet à accrocher

Le Prophète (ﷺ) a dit : « Celui qui accroche une amulette a commis de l’association » (hadith de ‘Uqba ibn ‘Amir, rapporté par Ahmad), et il a rangé les roqyas faites de formules d’association parmi les pratiques de shirk, avec les amulettes (Abou Dawoud 3883). Main de Fatma, œil bleu, fil rouge, pierre ou collier protecteur relèvent de cette interdiction. Même lorsqu’il porte des versets, l’objet accroché au cou d’un enfant est déconseillé par la plupart des savants contemporains, parce qu’il détourne la confiance de l’invocation vers la chose. Nous avons détaillé le cas de la main de Fatma et celui du collier d’ambre, qui pose aussi un risque d’étouffement.

Une affaire de spécialiste

Réciter sur son enfant ne coûte rien et ne demande aucune compétence particulière. Méfiez-vous des « diagnostics », des bouteilles d’eau ou d’huile vendues comme lues, des fumigations près d’un nourrisson et de toute pratique qui demande d’isoler l’enfant, de le secouer ou de le priver de soins. Ce sont les signes d’une pratique qui a quitté la Sunna.

Protéger au quotidien

La meilleure protection est une habitude, pas une réaction. Dire « mâ shâ’ Allâh » et « bârak Allâhu fîh » quand on admire un enfant, réciter les trois dernières sourates le soir, et garder une certaine discrétion sur ce que l’on expose de ses enfants, en ligne notamment. Notre guide pour protéger son bébé du mauvais œil détaille ces gestes, et notre article sur le sommeil des bébés en islam propose une routine du coucher.

La Sunna a aussi prévu les premiers gestes de la naissance : l’appel à la prière à l’oreille du nouveau-né, le tahnîk, le choix du prénom et, le septième jour, l’aqiqa, le sacrifice offert en remerciement pour l’enfant.

Questions fréquentes

Peut-on faire la roqya à un bébé ?

Oui, dès la naissance. Le Prophète (ﷺ) récitait une invocation de protection sur ses petits-fils Al-Hassan et Al-Hussein (Al-Bukhari 3371). Sur un nourrisson, on récite à voix douce, près de lui, et l’on souffle très légèrement dans ses mains avant de les passer sur l’enfant, sans souffler sur son visage.

Quelles sourates réciter pour protéger un enfant ?

Al-Fâtiha, le verset du Trône (Âyat al-Kursî, 2:255) et les trois dernières sourates du Coran : Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nâs. On y ajoute l’invocation du Prophète (ﷺ) pour Al-Hassan et Al-Hussein : « U’îdhuka bi-kalimâti-llâhi-t-tâmmah, min kulli shaytânin wa hâmmah, wa min kulli ‘aynin lâmmah ».

Quelles sont les conditions pour faire une roqya ?

Ibn Hajar rapporte l’accord des savants sur trois conditions : réciter les paroles d’Allah, Ses noms et attributs ou des invocations authentiques ; en arabe ou dans une langue dont on comprend le sens ; et croire que la roqya n’agit pas par elle-même, mais par la seule volonté d’Allah.

Faut-il aller voir un raqi pour son enfant ?

Non. La roqya d’un père ou d’une mère sur son enfant est la plus proche de la Sunna, et les savants préfèrent réciter soi-même plutôt que de solliciter un tiers. Aucun texte ne réserve la roqya à un spécialiste : un parent qui récite les textes authentiques fait exactement ce que fait un raqi.

Comment savoir si un bébé a le mauvais œil ?

On ne peut pas le savoir. Pleurs, sommeil agité ou perte d’appétit ont le plus souvent une cause médicale ou liée au développement de l’enfant. La Sunna demande de faire la roqya, pas de diagnostiquer l’œil. Réciter chaque soir protège sans avoir à trancher, et un médecin écarte les causes qui demandent un traitement.

Peut-on écouter une roqya enregistrée à son enfant ?

Écouter le Coran est une bonne chose et peut apaiser un enfant. Beaucoup de savants rappellent toutefois que la roqya proprement dite est une récitation faite par une personne, avec son intention et son invocation. L’enregistrement accompagne la récitation des parents, il ne la remplace pas.

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